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Une région de traditions

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Patrimoine Matériel & Immatériel : une mosaïque homogène

Les données de l'histoire, conjuguées à celles de la situation géographique  et aux éléments d’un milieu naturel relativement rude, n’ont certainement pas manqué d’intervenir dans le façonnement de nombreux traits de la culture et du patrimoine matériel et immatériel de l'Oriental, et influer sur l'art de vivre de ses différentes « composantes  sous-régionales culturelles». Du Sud vers le Nord nous pourront y  distinguer :

  • «la culture  oasienne de Figuig, avec ses Ksour à l’architecture de terre élaborée, ses palmeraies et la richesse de leurs ressources, ainsi que  toutes les solutions développées par les hommes l dans cette frange du sahara aux rudes conditions de vie.
  • « la culture nomade », celle de populations arabes venus avec les vagues d’émigration du XII-XIII °s. Pasteurs des Hauts Plateaux, leur genre de vie et leur culture sont liés  à l’élevage - nomade ou transhumant-  d’une race ovine particulière (la race « bni guil » ou « doghma »). Un élevage en voie d’obtenir le label rouge de la race de qualité qu’elle est.
  • « la culture des plaines », Angad, Trifa, …Ont été exploités par la colonisation européenne et ont vu se développer une agriculture aux méthodes modernes, mécanisée, tournée vers l’exportation et l’ouverture. Depuis l’indépendance et l’aménagement de périmètres irrigués à partir  de barrages sur la Moulouya, des périmètres irrigués ont bien été développés sans pour autant influer sur la culture traditionnelle de régions comme la plaine du Gareb (périmètre irrigué du Garet),Zebra et Bou Arg.
  • « la culture des massifs montagneux », Béni Snassen, Rif Oriental, montagnes refuges, où les populations berbères zénètes (comme l’ensemble des berbérophones de l’Oriental) ont adopté  des hameaux - dchar/douar, tout en gardant un habitat « éclaté » pour assurer l’intimité de familles polynucléaires.

Cette « classification » à la limite de l’arbitraire ne doit pas, cependant, occulter tous les aspects des traits culturels et du patrimoine matériel et immatériel de la Région, plus marqués par une certaine homogénéité qui transparait dans l’art de vivre, le paraître de ses femmes et de ses hommes, son art culinaire, ses musiques et ses danses, sans oublier une modernité largement adoptée malgré la place qu’a gardée la tradition.
 

Un artisanat à revaloriser

L'artisanat de l'Oriental est, à l'instar du reste du Maroc, et à des degrés plus ou moins importants, un artisanat «utilitaire» qui continue à produire des objets mobiliers, des outils et des ustensiles domestiques ou destinés au travail agricole, des vêtements et du tissage…Un artisanat qui reste encore dynamique, même si certaines productions et certains métiers se sont éteints, (à cause de la production industrielle faisant perdre au patrimoine immatériel des savoir-faire qui auraient pu être sauvegardés.

On veut parler ici de la dinanderie qui n'est plus produite à Oujda mais provient de Fès ou de Marrakech, ou encore du métier de tonnelier qui fabriquait des fûts et des tonneaux en bois ( bramliya) qui a complètement disparu avec l'invasion des objets en matière plastique. De même, la production de certains objets de poterie utilitaire s'est davantage convertie vers la vaisselle et l'objet décoratif, étant entendu que la poterie vernaculaire continue à être l'apanage des femmes dans les campagnes.

Le tissage et le travail de la laine restent vivaces, grâce à ces vastes étendues steppiques qui supportent un élevage de mouton prisé aussi bien pour la qualité de sa viande que pour sa laine qui permet aux « derraza » (tisserands, citadins le plus souvent) de continuer à produire des couvertures (bourabah) à la qualité certaine du fait de l'ancienneté de la tradition de son travail.Ce tissage permet encore aux femmes (souvent dans le cadre de coopératives et d'AGRD) aussi bien dans les campagnes que dans les villes, de produire des vêtements (jellaba, burnous..) , ainsi que des tapis (zarbiya et hanbal) et des lhaf (matelas en tissus satinés aux couleurs unies vives, relativement minces, fourrés de laine) très prisés dans l'ameublement domestique moderne.

Parmi les particularités de l’artisanat de l'Oriental, on se doit de signaler le travail de la vannerie polychrome qui utilise l'alfa (matière première spécifique à l'Oriental et à ses espaces steppiques) pour produire de belles midouna,couscoussiers, tbaq (corbeilles plates, souples à rebords courts et évasés pour préparer la semoule du couscous - taam ou du berkoukech-mhamsa) ainsi que d’ autres ustensiles des campagnes de l'Oriental. Dans certaines parties de la Région, ces grains de semoule pour le couscous ou pour le berloukech sont préparés (avant la cuisson) et servis (après cuisson) dans de grands plats en bois-gaç3a.

Certaines productions artisanales sont essentiellement citadines et sont souvent le résultat d'influences venues de Fès à l'Ouest  ou de Tlemcen à l'Est, villes hadar par excellence pour lesquelles Oujda a toujours constitué un relais et un réceptacle de valeurs à adapter et à transmettre. Nous citerons le travail de la broderie au fil d'or ou d'argent : c'est le travail du mejboud que réalisent aussi bien les femmes pour les costumes d'apparat que les hommes pour les selles et le harnachement des chevaux. D'ailleurs ce dernier travail est appelé-qualifié de tlemçani.


Des particularités du costume

Les femmes et les hommes dans l'Oriental, malgré la modernisation de la vie et des productions vestimentaires industrielles, continuent  comme l'ensemble des marocains à priser le costume traditionnel local surtout pour les cérémonies officielles et les fêtes.

Dans les campagnes les femmes portent toujours des vêtements amples en drapés ou en robes (izar, blouza,haïk), des coiffes de  foulards (founara, hawwaqa, mghansa, et  mendil ) sur la tête, et des babouches-belgha, charbil-  aux pieds.

Les hommes ont également des vêtements amples : fouqiya, jellaba, burnous. Ces deux derniers pouvant être en laine épaisse pour l'hiver ou en laine plus fine et de bonne qualité, ou encore tout simplement en divers tissus selon les disponibilités du marché. Leurs coiffes sont des turbans blancs ou jaunes  (razza, chèche) en général. Certains notables portent de larges chapeaux polychromes en doum appelés mdal (littéralement : parasol) et ont comme accessoire une canne aaça ou matrag (en bois d'olivier décoré avec du cuir au pommeau recourbé) ou khizran (en bambou). Ils se chaussent de sandales ou de souliers (de type mocassin), rarement de babouches.

A la ville, et plus particulièrement à Oujda, les femmes ont de plus en plus abandonné la mansouriya bel oqad (sorte de caftan léger avec des nœuds faits-main), la abaya et l'ancien qaftan, au profit de la blouza algérienne ou tlemcénienne plus précisément, vue la proximité et l'importance des échanges et des alliances matrimoniales. Alors que les hommes continuent à priser la jellaba au tissage de haute qualité pour les cérémonies avec une préférence pour le bzioui  ou le sousdi.(produit à Bzou, près de Bni Mella, et à Sousse, en Tunisie).

Aux classiques de la cuisine marocaine, l'Oriental ajoute des touches locales.

L'art culinaire de la région Orientale et patrimoine immatériel spécifique par excellence qui apporte sa touche dans « l’identité culturelle » de la Région, c’est un art aussi riche et varié que celui des autres régions du Maroc. Dans ses différentes sous-régions les femmes ont su dominer les compositions et harmoniser les produits de leurs terroirs pour maîtriser le salé et le sucré (pruneaux, raisins secs, figues sèches, coings...).

Cette maîtrise de la confection des divers types de couscous (avec ou sans viande, avec la viande de tête de mouton ou avec des tripes, avec sauce classique ou au lait, avec blé tendre ou blé dur…) est avérée et appréciée parce que le couscous est le plat le plus préparé avant tout autre.

Outre ce met commun (si commun qu'il est désigné par le mot taam=nourriture, ou encore maach=la nourriture, le viatique) la cuisine de l'Oriental possède parmi ses couscous une spécificité tchichat al marmaz(couscous à base d'une semoule de blé tendre cueilli avant terme, roussie sur le feu avant préparation ; la cuisson du couscous s'achève par un plat servi gratiné).

Cette cuisine est également réputée pour la préparation du Méchoui de mouton à la broche appelé mçaouar (et non à l'étouffé dans un four). Une autre spécificité culinaire particulière à  l'Oriental est le plat de becbouca, ou tripes de mouton farcies de riz agrémentées d'autres abats débités en petits morceaux.

Les sucreries et gâteaux de l'Oriental sont des ghriyba (macarons avec de la farine, du sucre et du beurre) des griouach et zlabiya du ramadan (gâteaux au miel), le kaak ( ou maqfoul dans le Nord-Ouest à forte tradition andalouse) et le maqrout (gâteau à base de semoule, farine, dates et miel) d'influence turque certaine.

Musique et danses, des traits marquants dans la personnalité de la Région.

Ces plats de fête et ces gâteaux succulents accompagnent des événements festifs où musiques et danses égaient l'assistance. Plus que la cuisine, cet aspect du patrimoine immatériel  est  encore plus spécifiques à la personnalité de la Région.

L'aalaoui, avec ses variantes nhari (de Oulad Nhar, groupe humain des Hauts Plateaux) et mengouchi (des Beni Mengouch des Béni Znassen) sont les musiques et les danses par lesquelles est identifié tout l'Oriental. C'est une musique très rythmée où la danse peut être collective et maitrisée par les aarfa ou chioukh musiciens au nombre de trois le plus souvent, jouant d'une sorte de  double flûte- zamar, en osier ou en roseau se  terminant par deux cornes de bœuf ,et une percussion avec bendir-tambourin. Cette danse est l'exemple même de la danse guerrière qu'exécutent les hommes pour exprimer leur bravoure et leur virilité.

Un autre type de musique prisé dans certaines campagnes mais aussi à la ville est le champ des qasîda (poème épique ou récit chantant des valeurs de sagesse universelle) que l'on trouve dans tout cet espace algéro-marocain et que l'on désigne sous le nom de sahraoui, dont le plus célèbre est celui de Laghouat. Il est exécuté par deux musiciens et un chanteur avec une flûte-gasba et  un gallal pour la percussion (sorte de longue derbouka en poterie et peau tendue).

Ces fêtes peuvent associer une fantasia à cheval ou à pied .On les appelle Bardiya ou çhab al baroud. Leurs danses peuvent être exécutées par des danseurs ne possédant que des cannes pour simuler les fusils.

La musique citadine par excellence est la musique gharnati ou musique andalouse, qui comme son nom l'indique est arrivée au Maghreb en général et dans certaines de ses villes (Tétouan, Rabat, et Oujda au Maroc) qui ont connu cette diaspora musulmane du xvi-xvii ème siècle, venue d'Andalousie et de Grenade plus particulièrement. Cette musique s'est perpétuée à Oujda grâce à des associations, comme Al Maouçiliya, qui ont encadré les jeunes depuis les années 1920 et qui ont même joué un rôle dans le développement du mouvement nationaliste face à la colonisation, tout en permettant de sauvegarder un patrimoine en le transmettant aux jeunes générations. Nous en donnons, ci-après, une excellente définition et une très bonne présentation par le professeur A. Benabdeljalil, parue dans la Grande Encyclopédie du Maroc.

Les noubat de la musique gharnati

La musique gharnati comprend 16 noubat que l'on peut diviser en deux groupes:

  Les noubat complètes, qui sont:

  •       raml al maya, al mjanba, raml, al ghrib , zidan, ar-rasd, dont les gammes s'appuient sur la note (ré)
  •       ad-dayl al maya, dont la gamme porte sur la note do
  •       as-sika dont la gamme porte sur la note mi
  •       rasd ad-dayl al mazmoum, dont la gamme s'appuie sur la note fa

  Les noubat inkilab: il s'agit de "mini-noubat" qui, bien que largement plus répandues chez le public en raison de la légèreté de leurs mouvements et de leurs rythmes, manquent d'authenticité et de sens poétique.

Ces noubat sont al mawal, al irak et al jarka ghribat lahsen; leurs gammes portent sur la note (ré).

L'agencement des noubat complètes de la musique gharnati obéit à un ordre semblable à celui des noubat de la musique al ala. Après les introductions vocales et instrumentales (ad-daira, al istikhbar et at-taouchiha), les mouachahat sont exécutées successivement et passent par 5 phases:

  •   al moussadar: mouvement large et majestueux, dont la mesure est 4/4 ou 8/8
  •   al btayhi: même mesure
  •   ad darj: sa mesure est de 2/4,6/8 ou 4/8; elle s'accélère vers la fin pour se transformer en 5/8

 
Propos reccueillis par M. Abdelmalek Fizazi.